Rémunération par forfait en Ehpad : un médecin dénonce une « dérive »

Le 2 mars 2009, par Louis LEVY,


Médecin à l´hôpital local de Nouzonville (Ardennes), Gilles Menu veut éveiller les consciences sur « la dérive liée aux forfaits soins ». La large diffusion - responsables politiques, caisses d´assurance maladie, médias, associations de malades, médecins, pharmaciens, Conseil de l´Ordre… etc. - de son témoignage sur les pratiques de rémunérations forfaitaires en cours dans l´établissement d´hébergement pour personnes âgées dépendantes rattaché à l´hôpital n´est qu´une « simple information » à laquelle « ont droit » les patients, assure ce membre de la Confédération des syndicats médicaux français(Csmf), ancien président de l´Urml Champagne-Ardennes.

Depuis le 1er juin 2008, en application d´une convention tripartite signée en décembre 2007 qui a fait passer l´établissement sous un régime de dotation globale de financement relative aux soins, une rémunération par forfait est appliquée pour les médecins généralistes libéraux intervenant dans l´Ehpad, en tant que médecin traitant. Celle-ci a été fixée 32 euros par résident suivi et par mois. Soit 384 euros par an. Une somme qui recouvre la visite mensuelle à l´Ehpad pour renouveler les prescriptions et les éventuelles visites demandées par les infirmières lorsque l´un des 142 patients est malade. Cependant, les visites effectuées dans le cadre de la permanence des soins (appel au centre 15) continuent d´être rémunérées intégralement par l´hôpital. Par ailleurs, comme l´indique le directeur de l´hôpital dans un courrier, les praticiens sont appelés à se référer au livret thérapeutique élaboré par le médecin coordonnateur et le pharmacien de l´Ehpad, dans le cadre de la maîtrise des dépenses de santé. Un courrier de la pharmacie de l´hôpital demande ainsi aux médecins de revoir à la baisse les prescriptions de médicaments chers (Aricept®, Ebixa®, Exelon®, Reminyl®), alors qu´augmente « le risque de ne plus maîtriser les dépenses ». Une autre note de la pharmacie propose aux médecins d´utiliser les stocks de médicaments (un anti-épileptique et un anxiolytique) dont la péremption est prochaine, afin d´aider à « la bonne gestion des stocks ».

Le Dr Menu ne soigne que cinq patients de l´établissement (« des malades que je suis depuis vingt ans ») mais il a refusé de signer le contrat. « L´Ehpad est considéré comme un domicile et comme toute visite à domicile, je demande à être payé à l´acte. Je ne me bats pas pour moi mais pour l´avenir des mes jeunes confrères. Il n´est pas question qu´on ne reconnaisse pas mon travail et que je vienne quasi bénévolement quand un patient tombe. Mes trois autres collègues sont tous d´accord avec moi. C´est une question de respect aussi des patients », affirme-t-il. Joint par Egora, le directeur de l´hôpital, André Bardot-Negroni est le premier à regretter la situation.

Arrivé à la tête de l´établissement en janvier 2008, il a hérité de la situation, se laissant six mois de répit (et donc de retard) pour appliquer la convention en juin 2008. « Je regrette que les établissements n´aient pas les moyens, comme le faisait la Cpam, de rémunérer les médecins libéraux à la hauteur de chaque acte. Il a fallu trouver une cote mal taillée. Nous en avons discuté avec l´ensemble des médecins traitants, à qui nous avons laissé le choix de s´organiser pour être payé à l´acte, mais moins que le tarif conventionnel, ou par forfait. D´un point de vue de gestion, je ne peux pas répondre complètement favorablement à la demande du Dr Menu étant donné que j´ai pas les moyens », explique-t-il. Une commission médicale d´établissement vient de se tenir sur ce sujet sensible.

Le directeur de l´hôpital estime que la mise en place de la dotation globale (et donc du forfait pour les professionnels de santé libéraux) a permis une économie d´un tiers de la somme globale qui était consacrée au paiement à l´acte.
 

Commentaires de l'article

 
lolo
Le 11 mars 2009

Pourquoi le "tarif de soin global" choisi par l’ehpad, impliquerait il obligatoirement un paiement au forfait pour les medecins ????

quel texte officialise cette notion ???

 
fournier
Le 12 octobre 2009
et d un autre coté les EHPAD nord DROME Romans sur isere et saint vallier viennent d augmenter les tarifs de + de 200 euros mois …la ou de nombreuses familles avaient déja du mal aassurer les factures de leurs parents
 
spiess
Le 18 décembre 2009
Le budget global n’implique en aucun cas l’utilisation du paiement par forfait !
 
Diégo
Le 10 janvier 2010
Je trouve étonnant que l’ordre se taise encore une fois sur des pratiques qui vont à l’encontre de la déontologie. Que font les syndicats ? A quand une gréve des soins qui semble en France le seul moyen pour se faire entendre ? Il faudrait prévenir les familles et les patients avant qu’ils ne rentrent dans ces établissements qu’ils n’auront plus accès aux soins sans l’autorisation de l’infirmière, et dans un deuxième temps, ils n’auront plus le choix de leur médecin ; On devient à ce moment là le salarié d’un EHPAD sous l’autorité de la direction. C’est une remise en cause du fondement même de la médecine libérale.
 
RB
Le 8 février 2010

bONJOUR

IL SERAIT INTERESSANT DE CONNAITRE LA FIN DE L HISTOIRE ?….

 
Dr MALA
Le 15 avril 2010

J’ai eu, le même problème lors du passage au budget global des maisons de retraite dépendantes d’un hopital local, en EHPAD. De plus, en ayant refusé de signer cette convention de soin forfaitaire avec la direction, on m’a tout simplement interdit l’entrée en EHPAD ( et "viré comme un malpropre") On a demandé à mes patients que je suivais depuis plus de 20 ans de prendre un autre médecin dans une liste de médecins qui eux, avaient signé cette convention

Le libre choix du patient n’est absolument pas respecté.Et que fait l’Ordre des médecins ? Rien malgré les protestations

J’ai l’impression que nous allons droit vers la disparition totale du système libéral en EHPAD pour aboutir à un système de type salarié,

 
la godasse
Le 7 juin 2010
les établissements pourront au moins ainsi agir sur les dérives des médecins intervenant en EHPAD : facturation de frais de déplacements pour chaque ordonnance rédigée, renouvellement d’ordonnance sans auscultation de résidents , facturation d’ordonnances renouvelées par téléphone (avec frais de déplacement, … bien sûr) : pratiques bien connues des infirmières qui travaillent en EHPAD mais qui ne pouvaient être dénoncées par ceux-ci.
 
Mado
Le 23 juillet 2010

Oui, que dire des médecins généralistes en EHPAD qui effectuent des presciptions de renouvellement sans voir leur patient ? Qui de plus facturent 22 € la visite + 10 € de déplacement ?

Ne serait-ce pas la fin de toute crédibilité auprès des familles ?

Ne serait-ce pas s’enrichir sur le dos des vieilles personnes ?

Pourquoi, honnêtement se faire indemniser de (x * 10 €) alors que le déplacement devrait être remboursé au jour ?

Les mamies et les papi sont-ils de si bonnes mannes financières ?

 

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