
Le 1er août 2005, par Louis LEVY,
Un nouvel outil simple va être mis à la disposition des médecins généralistes et des neurologues pour leur permettre d’identifier facilement, rapidement et de façon fiable les douleurs neuropathiques, a-t-on appris au cours d’une conférence de presse organisée en marge des Journées de neurologie de langue française, qui se sont tenues la semaine dernière à Marseille.
Baptisé DN4, cet outil correspond à un questionnaire comportant dix items (sept d’entre eux relèvent de l’interrogatoire du patient et trois sont établis par l’examen clinique).
La prise en charge des douleurs neuropathiques reste souvent problématique, car elles "passent souvent inaperçues" ou "ne sont pas reconnues comme telles", a déploré le Dr Alain Serrie, président de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD). De plus, elles ne sont souvent que "tardivement reconnues par les non-spécialistes et très insuffisamment traitées", a confirmé le Dr Didier Bouhassira, de la consultation pluridisciplinaire de prise en charge de la douleur de l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Pourtant, les douleurs neuropathiques, figurent "parmi les douleurs les plus fréquentes que le médecin a à prendre en compte" et affectent environ 2% de la population, a souligné le Dr Alain Serrie.
A l’origine de ces douleurs découlant d’une lésion ou d’un dysfonctionnement du système nerveux, on peut notamment trouver des pathologies comme le diabète, le zona, le sida, ont rappelé les deux spécialistes. Elles peuvent également se manifester après une amputation ou au niveau des cicatrices d’une intervention chirurgicale. Il s’agit alors de douleurs neuropathiques périphériques, par opposition aux douleurs neuropathiques centrales, qui peuvent apparaître chez les personnes ayant été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou chez les patients souffrant d’une sclérose en plaques, par exemple.
Enfin, certaines douleur se développant au cours de l’évolution d’un cancer ou découlant d’une affection rhumatologique entraînant la compression d’un nerf (arthrose, hernie discale), correspondent à des douleurs mixtes associant une composante neuropathique à une composante inflammatoire associée à une douleur par excès de nociception.
DES MOTS POUR DES MAUX
Malgré ces causes très différentes, les plaintes des patients font état de deux types de symptômes et de sensations douloureuses : un fond douloureux permanent (troubles sensitifs de type fourmillements, picotements, engourdissements) et des douleurs fulgurantes paroxystiques (décharges électriques ou en coup de poignard). Le questionnaire DN4 "repose [donc] pour l’essentiel, sur l’analyse des mots employés par les patients pour décrire leurs douleurs", ce qui en fait un instrument d’une "extrême simplicité" d’utilisation, a relevé le Dr Didier Bouhassira.
Les procédures de validation de cet outil (d’abord lors d’une étude multicentrique, puis en médecine générale) ont établi qu’un score supérieur ou égal à quatre réponses positives permet de diagnostiquer une douleur neuropathique avec une sensibilité de 83% et une spécificité de 90%.
Les deux spécialistes de la douleur se sont accordés à dire que la mise à disposition de cet outil devrait, en facilitant la reconnaissance des douleurs neuropathiques, améliorer la qualité de leur prise en charge. Une condition d’autant plus importante que tout retard dans la prise en charge de ces troubles augmente le risque de chronicisation.
Une fois diagnostiquées, ces douleurs "nécessitent une prise en charge spécifique reposant principalement sur l’utilisation d’antiépileptiques et d’antidépresseurs", a rappelé le Dr Didier Bouhassira. En effet, naissant de problèmes de conduction nerveuse causés par des lésions ou des dysfonctionnements du système nerveux, elles résistent généralement aux antalgiques "classiques".